jueves, 9 de enero de 2014

THÉOPHILE GAUTIER



Théophile Gautier   (Tarbes, 1811 - París, 1872)






LE ROI SOLITAIRE


Je vis cloîtré dans mon âme profonde,
sans rien d'humain, sans amour, sans amis,
seul comme un dieu n'ayant d'égaux au monde
que mes aïeux sous la tombe endormis!
Hélas! grandeur veut dire solitude.
Comme une idole au geste surhumain,
je reste là, gardant mon attitude,
la pourpre au dos, le monde dans la main.

Comme Jésus, j'ai le cercle d'épines;
les rayons d'or du nimbe sidéral
percent ma peau comme des javelines,
et sur mon front perle mon sang royal.
Le bec pointu du vautour héraldilque
fouille mon flanc en proie aux noirs sourcis:
sur son rocher, le Prométhée antique
n'était qu'un roi sur son fauteuil assis.

De mon olympe entouré de mystère,
je n'entends rien que la voix des flatteurs;
c'est le seul bruit qui des bruits de la terre
puisse arriver à de telles hauteurs;
et si parfois mon peuple, qu'on outrage,
en gémissant entre-choque ses fers:
- Sire! dormez, me dit-on, c'est l'orage;
les cieux bientôt vont devenir plus clairs.

Je puis tout faire, et je n'ai plus d'envie.
Ah! si j'avais seulemente un désir!
Si je sentais la chaleur de la vie!
Si je pouvais partager un plaisir!
Mais le soleil va toujours sans cortège;
les plus hauts monts sont aussi les plus froids;
et nul été ne peut fondre la neige
sur les sierras et dans le coeur de rois!




 


EL REY SOLITARIO

Vivo enclaustrado en el fondo de mi alma,
sin nada humano, sin amor ni amigos,
como un dios, solitario y sin iguales,
salvo los de mi estirpe que ya han muerto.
Grandeza significa soledad.
Como ídolo de gesto sobrehumano,
aquí estoy mayestático, la púrpura
como ropaje, y en mi mano el mundo.

Me coronan espinas, como a Cristo;
rayos de oro del nimbo sideral
me atraviesan la piel como saetas,
y hay en mi frente sangre que es de reyes.
El pico agudo de mi buitre heráldico
hurga mi cuerpo triste y macilento:
Prometeo en la peña de su Cáucaso
era un rey en su trono, como yo.

Desde mi olimpo al que el misterio envuelve
sólo la voz de la lisonja se oye;
es el único ruido que entre todos
puede llegar a alturas como ésta;
y si a veces mi pueblo, sojuzgado,
hace sonar gimiendo sus cadenas,
-¡Dormid, Señor!, me dicen. Son los truenos;
el cielo va muy pronto a serenarse.

Todo lo puedo hacer, nada me tienta.
¡Ah, si tuviese al menos un deseo!
¡Si sintiese la vida y su calor!
¡O compartir un mínimo placer!
Pero no puede el sol tener un séquito.
En las cumbres más altas hace frío.
Y no hay estío que funda la nieve
de las sierras y en el corazón de un rey.
 



 
Traducción de Isabelle García Molina.



 

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