miércoles, 4 de febrero de 2015

VERLAINE


Paul Marie Verlaine  
(Metz, Francia, 30 de marzo de 1844 – París, 8 de enero de 1896)





 LA BONNE CHANSON

X

Quinze longs jours encore et plus de six semaines
Déjà ! Certes, parmi les angoisses humaines
La plus dolente angoisse est celle d'être loin.

On s'écrit, on se dit que l'on s'aime, on a soin
D'évoquer chaque jour la voix, les yeux, le geste
De l'être en qui l'on met son bonheur, et l'on reste
Des heures à causer tout seul avec l'absent.
Mais tout ce que l'on pense et tout ce que l'on sent
Et tout ce dont on parle avec l'absent, persiste
À demeurer blafard et fidèlement triste.

Oh ! l'absence ! le moins clément de tous les maux !
Se consoler avec des phrases et des mots,
Puiser dans l'infini morose des pensées
De quoi vous rafraîchir, espérances lassées,
Et n'en rien remonter que de fade et d'amer!

Puis voici, pénétrant et froid comme le fer,
Plus rapide que les oiseaux et que les balles
Et que le vent du sud en mer et ses rafales
Et portant sur sa pointe aiguë un fin poison,
Voici venir, pareil aux flèches, le soupçon
Décoché par le Doute impur et lamentable.

Est-ce bien vrai ? Tandis qu'accoudé sur ma table
Je lis sa lettre avec des larmes dans les yeux,
Sa lettre, où s'étale un aveu délicieux,
N'est-elle pas alors distraite en d'autres choses ?
Qui sait ? Pendant qu'ici pour moi lents et moroses
Coulent les jours, ainsi qu'un fleuve au bord flétri,
Peut-être que sa lèvre innocente a souri ?
Peut-être qu'elle est très joyeuse et qu'elle oublie ?

Et je relis sa lettre avec mélancolie.




X

¡Quince largos días aún y más de seis semanas
ya! Es cierto. De las desdichas humanas
la angustia más dolorosa es la de estar lejos.
Nos escribimos, decimos cuánto nos amamos,
somos diligentes cada día al evocar la voz, los ojos,
el gesto del ser en el que pusimos la esperanza,
aguardamos el momento de hablar a solas con el ausente.
Pero todo lo que pensamos, lo que sentimos,
todo aquello de lo que hablamos con el que no está
reclama permanecer pálida y fielmente triste.

¡Oh, la ausencia, el menos clemente de los males!
Abandonarse a las frases y las palabras,
tomar el lento infinito del pensamiento
algo con lo que calmarse, esperanzas exhaustas,
y no levantar nada que no sea hastío o amargura.
Sin embargo, hiriente y fría como el hierro,
más rápida que las balas y los pájaros,
más que el viento del sur en el mar y sus ráfagas,
llevando en la punta afilada un sutil veneno,
pronto viene, semejante al dardo, la sospecha
que lanza la impura y lamentable Duda.
¿Es esto verdad? Acodado en la mesa,
mientras leo su carta con lágrimas en los ojos,
su carta, donde se extiende la amena confesión,
¿no estará ella distraída en otras cosas?
Quién sabe. Mientras aquí transcurren lentos
y pesados los días, como un río marchito en su orilla,
¿es posible que su labio inocente haya sonreído?
¿es posible que sea feliz y que olvide?

Y yo vuelvo a leer su carta con melancolía.









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