miércoles, 10 de mayo de 2017

JORDI DOCE


JORDI DOCE (Gijon, 1967)



EN LA DUCHA

Ya el agua, se despliega, por tu cuerpo
con sus redes de espuma y su tenue perfume,
que es el perfume de tu piel desnuda,
de tu piel desplegándose en el agua
más acá de este día. Desde el vano,
a la confusa luz del despertar,
te veo enjabonarte muy despacio,
con morosidad casi,
serena en el detalle y la inspección.
Has detenido el tiempo al ignorarlo
Y sólo yo lo advierto,
parado en el umbral que te destaca.


Contemplo el agua algodonosa
fluir sin pausa por tus muslos,
dos regueros que llegan al esmalte
y forman un arroyo improvisado.
Van también, con el agua, algún cabello,
las íntimas heridas de la piel
y sus fríos rescoldos.
Se van, como el agua, a ningún sitio,
sin duda reprochando mi insolencia,
mi pie junto a la puerta y este silencio fijo,
que te acoge.

Amanece,
y es tu cuerpo también el que amanece
bajo el agua lustral de la complicidad.
No sabías que estoy, y ahora lo sabes,
y te gusta saberlo.
En mis ojos sorprendes un refugio,
La imagen de un deseo que te afirma
(porque el sí que no enlaza no es un sí),
y nada falta en ella,
como en la vida.



Sous la douche

Enfin l’eau se déploie sur ton corps
avec ses filets de mousse et son parfum ténu,
qui est le parfum de ta peau nue,
de ta peau se déployant dans l’eau
en deçà de ce jour. Du seuil,
à la confuse lumère du réveil,
je te vois te savonner très doucement,
presque avec morosité,
sereine dans le détail et l’inspection.
Tu as arrêté le temps en l’ignorant
et seulement moi le constate,
debout sur l’embrasure qui te souligne.

Je contemple l’eau cotonneuse
couler sans pause sur tes cuisses,
deux traînées qui atteignent l’émail
et forment un ruisseau improvisé.
Avec l’eau viennent aussi quelques cheveux,
les intimes blessures de la peau
et ses braises froides.
Ils s’en vont, comme l’eau, nulle part,
sans doute me reprochant mon insolence,
mon pied près de la porte et ce silence fixe,
qui t’accueille.

Il fait jour,
et c’est ton corps aussi qui fait jour
sous l’eau lustrale de la complicité.
Tu ne savais pas que j’étais là, et maintenant tu le sais,
et tu aimes savoir.

Dans mes yeux tu surprends un refuge,
l’image d’un désir qui t’affirme
(car le oui qui n’enlace pas n’est pas un oui)
et rien ne lui manque,
comme dans la vie.



 *****




INVERNAL

One must have a mind of winter...
wallace stevens

El tiempo no te ha dado las respuestas,
sólo nuevas preguntas.
                                   Declina con las horas
la luz, las calles se despueblan,
desde tu cuarto sólo ves
un futuro de ramas harapientas,
la noche agazapada en los tejados,
y crees sentir, incluso, esa quietud
que precede a la nieve
como un aliento contenido,
algo que espera a ser
y desespera.
                      El invierno
lo hace todo más simple,
con su buril de frío y de carencias.
Es una disciplina,
un acuerdo entre el mundo y su reverso,
el lado de penumbra en que se apoya.

El color de la tarde
se iguala al pensamiento.
Cae sobre la calle
una luz aclarada, casi exenta,
y todo se distancia y adormece
como en un objetivo,
como si el mundo fuera un diagrama del mundo,
un mapa desnutrido y eficaz
que ha dado con el hueso de las cosas.

La mente se complace en el invierno.
Le alivian sus aristas,
su quieta economía,
la forma en que se atiene a lo que tiene
Todo lo simplifica,
también estas preguntas intranquilas
que cambian con el tiempo,
que no cambian.



Hivernal


One must have a mind of winter
Wallace Stevens

Le temps ne t’a pas donné les réponses,
seulement de nouvelles questions.
Avec les heures décline
la lumière, les rues se dépeuplent,
de ta chambre tu ne vois
qu’un avenir de branches en haillons,
la nuit tapie sur les toits,
et tu crois sentir, même, cette quiétude
qui précède la neige
comme un souffle retenu,
quelque chose qui espère être
et qui désespère.
L’hiver
rend tout plus simple,
avec son burin de froid et de carences.
C’est une discipline,
un accord entre le monde et son envers,
le côté de pénombre où il s’appuie.

La couleur du soir
égale la pensée.
Sur la rue tombe
une lumière éclaircie, presque exempte,
et tout se distance et s’endort
comme dans un objectif,
comme si le monde était un diagramme du monde,
une carte mal nourrie et efficace
qui est tombé sur l’os des choses.

L’esprit se complaît dans l’hiver.
Ses arêtes le soulagent,
sa tranquille économie,
la façon de tenir à ce qu’il tient.
Il simplifie tout,
même ces questions inquiètes
qui changent avec le temps,
qui ne changent pas.


*****


RENEGADO

Renuncio al nomadismo,
a los años en vilo dando tumbos
por la mano crispada de la tierra,
a este rodar de puerta en puerta
pidiendo asilo a mis iguales.
Me despido de tanto viaje,
ya fueron demasiados,
demasiados los tránsitos, los lugares de espera,
las idas y venidas.
Ya es hora de romper con esta inercia
y desdecirme del pasado.
Me lo piden mis íntimos,
unidos por la culpa que transpiro,
me lo pide el espejo,
cansado de mi mueca inapetente.

Que calle la trompeta
del más difícil todavía.
Que guarde para sí
sus retos mentirosos,
su imposible cadena de espejismos.
Adiós digo a mis prisas juveniles,
disfruto del ajuar de la obviedad,
mi beato sillón y sus periódicos.

Ya no atiendo a los ángulos del sol,
los turnos de la luna.
Me fui a la cama y apagué la lámpara,
que otros cumplan sus rondas y vigilias,
el mandato fatal de sus insomnios.



Rénégat

Je renonce au nomadisme,
aux années en alerte à cahoter
sur la main crispée de la terre,
à ces errements de porte en porte
en demandant asile à mes semblables.
Je dis au revoir à tant de voyages,
il y en a eu trop,
trop de transits, de lieux d'attente,
d’allées et retours.
Il est temps de briser cette inertie
et de me dédire du passé.
Mes proches me le demandent,
unis par la culpabilité que je transpire,
le miroir me le demande,
fatigué de ma grimace d’inappétence.

Que se taise la trompette
du plus difficile encore.
Qu’elle garde pour elle
ses défis menteurs,
son impossible chaîne de mirages.
Adieu je dis à mes empressements juvéniles,
je profite du trousseau de l’évidence,
de mon fauteuil béat et ses journaux.

Je ne m’occupe plus des angles du soleil,
des cycles de la lune.
Je me suis couché et j’ai éteint la lampe,
que d’autres accomplissent leurs rondes et leurs veilles,
le mandat fatal de leurs insomnies.


*****


MOSQUITO

A Julio Trujillo

Envuelto en tu aguijón
ahí estás, flaco amigo,
aguardando la noche nutritiva,
pasando el tiempo a tu manera
con ganas de estrenar nuevo durmiente
y hacerte con tu rancho menudo y truculento.
Yo te observo a mi vez desde la cama,
sujeto a las palabras que te esbozan
y nublan con su trama tu presencia palpable,
el futuro tan breve que compartiremos...
En el silencio de este cuarto solipsista
tu trompetilla está ensayando
el son que anunciará el banquete,
la fatal melodía.
Más verdugo que músico, no obstante,
harás un agujero sutil, inexorable,
con cuidado de no invadir mi sueño.
Y volverás a alzarte por el aire
satisfecho y sin rumbo, algo borracho,
con un pico de sangre adormilada,
la sangre que baraja tantas nieblas,
la sangre que me vive y me desvive.

Mírame bien, vecino que codicias
y persigues en mí lo más inquieto,
lo más íntimo.
Mírame como yo te miro,
siervos los dos de nuestro instinto,
velando la distancia que nos une.
Que mi sangre no te sea difícil,
que mi ejemplo no cunda.



Moustique


A Julio Trujillo

Enveloppé dans ton dard
te voici, maigre ami,
attendant la nuit nutritive,
passant ton temps à ta façon
avec l’envie d’étrenner un nouveau dormeur
et de gagner ta gamelle menue et truculente.
A mon tour je t’observe du lit,
lié aux mots qui t’esquissent
et assombrissent de leur trame ta présence palpable,
l’avenir si bref que nous partagerons…
Dans le silence de cette chambre solipsiste
ta petite trompette teste
le son qui annoncera le banquet,
la fatale mélodie.
Plutôt bourreau que musicien, cependant,
tu feras un trou subtil, inexorable,
prudemment pour ne pas envahir mon sommeil.
Et à nouveau tu te hisseras dans les airs
satisfait et sans but, un peu ivre,
avec une pointe de sang assoupi,
le sang qui brasse tant de brumes,
le sang qui m’habite et me déshabite.

Regarde-moi bien, voisin qui convoites
et poursuis en moi le plus inquiet,
le plus intime.
Regarde-moi comme je te regarde,
serviteurs tous les deux de notre instinct,
en surveillant la distance qui nous unit.
Que mon sang ne te soit pas difficile,
que mon exemple ne se répande pas.





 *Traducción al francés de 
Miguel Ángel Real y Marceau Vasseur.

De Gran Angular, DVD Ediciones, 2005



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