miércoles, 24 de mayo de 2017

RAÚL QUINTO


RAÚL QUINTO (Cartagena, 1978)

Selección de seis poemas de “La Piel del Vigilante” (DVD ediciones, 2005), traducidos al francés por Miguel Ángel Real y Marceau Vasseur.




EL COMEDIANTE

Un sudario manchado, un traje de segunda mano de harapos y sedas,
un disfraz.
            (The Velvet Underground)


Es cierto que los hombres se disfrazan
para acercarse más a la verdad.

Vi la piel del incendio derramarse
como un río de algas,
y supe que los cuerpos calcinados
conservan su sonrisa en la ceniza.

Siempre recuerdo las miradas huecas,
los gestos delatores, el perfume
que renuncia a los párpados
para volverse sólido y antiguo.

La condición humana es una mueca.

Yo vi cómo unas manos escarbaron la tierra
para encontrar un agua del color de su alma,
y vi cómo se hundían bajo su propia arena.

Soporté la mirada de este mundo
y rompí a carcajadas cada velo.

Había comprendido la broma de la vida.


LE COMEDIEN 

 Un suaire taché, un costume d'occasion de haillons et de soies,
un déguisement
      (The Velvet Underground)


Il est vrai que les hommes se déguisent
pour se rapprocher plus de la vérité.

J’ai vu la peau de l’incendie se répandre
comme un fleuve d’algues,
et j’ai su que les corps calcinés
conservent leur sourire dans la cendre.

Je me rappelle toujours les regards creux,
les gestes délateurs, le parfum
qui renonce aux paupières
pour devenir solide et ancien.

La condition humaine est une grimace.

J’ai vu comment des mains ont creusé la terre
pour trouver une eau couleur de leur âme,
et j’ai vu comment elles s’enfonçaient sous leur propre sable.

J’ai supporté le regard de ce monde
et j’ai rompu par des éclats de rire chaque voile.

J’avais compris la farce de la vie.



******


EL BÚHO NOCTURNO


esa piel desprendida que no puede besarse más que en pluma
            (Vicente Aleixandre)


Los secretos del aire, su ambigua partitura,
esclavizados soles
que se han vuelto metal por culpa del silencio,
yacen dentro de mí
y no me pertenecen,
porque cerré la puerta
para no oír el flujo del vacío
arañando la tapa de aquel féretro.

Volví a tener un rostro,
la miseria de ser una persona.

La sangre no obedece a los cuerpos desnudos,
no responden las venas.
Es hora de volver.

No queda más salida que esta puerta,
al final del camino
nos decide el principio:
los secretos del aire, su ambigua partitura,
que nadie reconozca el color de mis ojos.



LE HIBOU NOCTURNE  


Cette peau détachée qu'on ne peut embrasser qu'en tant que plume
            (Vicente Aleixandre)


Les secrets de l’air, leur partition ambiguë,
soleils asservis
métallisés par la faute du silence,
gisent en  moi
et ne m’appartiennent pas,
car j’ai fermé la porte
pour ne pas entendre le flux du vide
gratter le couvercle de ce cercueil.

J’ai retrouvé un visage,
la misère d’être une personne.

Le sang n’obéit pas aux corps dénudés,
les veines ne répondent pas.
Il est l’heure de rentrer.

Il n’y a d’autre issue que cette porte,
à la fin du chemin
le début nous décide :
les secrets de l’air, leur partition ambiguë,
que personne ne reconnaisse la couleur de mes yeux.


******


EL JUEZ DE TODA LA TIERRA


El juez de toda la tierra, ¿no ha de hacer lo que es justo?
            (Génesis 18-25)


Hace quince segundos estaré
sentado en este muro y soy la piedra.

Sé que la arena te recogió mañana
y a pesar de los fluidos te abandono.

Hoy veré el fuego confundido y agrio
que asoló tu columna cuando niña.

¿Pero no acaba el río siempre muerto
asfixiado en las sienes de las olas?
¿Acaso no es impropio para Dios
el perfilar los bordes del abismo?

Pronto flota en el aire esa lágrima
que derramaste sobre un agua espesa.

Ayer los cuerpos de mañana caen
unos encima de los otros,rígidos.

¿Por qué habré de sentir que vuestra vida
es comparable al gozo de la piedra?
¿Acaso Dios no tiene libertad
para crear latidos en el aire?


LE JUGE DE TOUTE LA TERRE

Celui qui juge toute la terre n’exercera-t-il pas la justice ?
   (Genèse 18,25)


Cela fait quinze secondes que je serai
assis sur ce mur et j’en suis la pierre.

Je sais que le sable t’a accueilli demain
et malgré les fluides je t’abandonne.

Aujourd’hui je verrai le feu confus et aigre
qui, petite, a dévasté ta colonne.

Mais le fleuve ne s'achève-t-il pas toujours mort
asphyxié sur les tempes des vagues ?
Peut être n'est-il pas impropre pour Dieu
de profiler les bords de l’abîme ?

Bientôt flotte en l’air cette larme
que tu as versé sur une eau épaisse.

Hier les corps de demain tombent
les uns sur les autres, rigides.

Pourquoi devrai-je sentir que votre vie
est comparable à la jouissance de la pierre ?
Peut-être Dieu n’a-t-il pas la liberté
de créer des battements de cœur dans l’air ?


******


EL ESPECTRO DE SEDA

Forma es placer
(E.M.R. Stadler)


Soy una mancha rota sobre un vidrio,
mis formas anteriores eran leves
y apenas resistían el granizo
ni los golpes febriles del invierno.

A veces llueve para sólo un cuerpo
y se hace complicado respirar.

Tantas cosas ocurren de improviso
que confundo mi sombra con mis manos,
y acaricio lo oscuro, y no siento
más tacto que la fuga,
más camino que el otro,
lejos de los perfiles de mi máscara
donde nadie dibuje mis palabras
ni las ate a mis gestos como un vaho.

Soy derrumbes de humo entre las ascuas
y necesito las cadenas cálidas
que mantengan erguida mi columna.

Aunque he visto los sexos de los dioses
y me han colmado cada poro abierto,
reconozco que soy una gran mentira:
no me disuelvo, no poseo forma.


LE SPECTRE SOYEUX           

Forme est plaisir 
(E.M.R. Stadler)


Je suis une tache brisée sur un verre,
mes formes antérieures étaient légères
et à peine résistaient-elles à la grêle
ou aux coups fébriles de l’hiver.

Parfois il pleut pour seulement un corps
et il devient compliqué de respirer.

Tant de choses arrivent à l’improviste
que je confonds mon ombre avec mes mains,
et je caresse l’obscur, et je ne sens pas
d’autre toucher que la fuite,
d’autre chemin que l’autre,
loin des profils de mon masque
où personne ne dessine mes paroles
ni ne les lie à mes gestes comme une buée.

Je suis effondrements de fumée entre les braises
et j’ai besoin des chaînes chaudes
qui maintiennent dressée ma colonne.

Même si j’ai vu les sexes des dieux
et qu’ils m’ont comblé chaque pore ouvert,
je reconnais que je suis un grand mensonge :
je ne me dissous pas, je ne possède pas de forme.


******


OZYMANDIAS

Ved mis obras, seres poderosos, ¡y desesperaos!
(P.B. Shelley)


Al final del sendero había una laguna,
flotaban los cadáveres
conformando mi nombre entre la luz.

Y mantuve los ojos abiertos como estatuas
para que no se escapase ni un destello de sangre,
y acaricié los gritos, satisfecho y completo
al saber la belleza que traería el silencio.

El nudo de Alejandro no era tan doloroso.

Mirad bien estos muertos,
sus caras descompuestas por el fango,
mirad cómo nos hablan
de un futuro distinto, más hermoso.

El rostro de Alejandro nunca fue tan terrible.

Sólo yo he de cargar con su agonía,
con sus abrazos últimos,
con sus miradas negras;
el resto es mi legado: vuestra luz.

Al final del sendero había una laguna,
y sobre los cadáveres
emergía la vida con más ímpetu.



OZYMANDIAS

Voyez mes œuvres, ô êtres puissants, et désespérez!
(P.B. Shelley)



A la fin du sentier il y avait une lagune,
les cadavres flottaient
formant mon nom dans la lumière.

Et j'ai maintenu les yeux ouverts comme des statues
pour que ne s'échappe un seul éclat de sang,
et j'ai caressé les cris, satisfait et complet
de connaître la beauté qu'apporterait le silence.

Le nœud d’Alexandre n’était pas si douloureux.

Regardez bien ces morts,
leurs visages décomposés par la boue,
regardez comme il nous parlent
d’un futur différent, plus beau.

Jamais le visage d’Alexandre ne fut si terrible.

Moi seul, je dois porter leur agonie,
leurs étreintes ultimes,
leurs regards noirs ;
le reste est mon legs : votre lumière.

A la fin du sentier il y avait une lagune,
et sur les cadavres
la vie émergeait plus impétueuse.


******


MOLOCH 

...y cuando llega a su fin, sólo nuestros enemigos dejan rosas.
(Alan Moore)

En un espejo me miré desnudo
y encontré mi latido
ya fuera de las venas
avanzando hacia mí como una sombra.

Quise cerrar los ojos,
pero ya estaba ciego,
y en mis pupilas se enroscaba el virus
de la condena: conocer el tiempo
desde el abismo de un reloj de arena.

De nada me valdría
empañar los cristales
o acariciar el humo con la lengua,
la arena me cubría hasta los hombros.

Entonces estallé una rosa en mi boca
y vi a mis enemigos,
sus viejas máscaras de piel humana
derretidas por lágrimas sinceras.

Al fin -pensé reconfortado-
ellos serán los únicos
el día de mi entierro,
cuando la lluvia arrastre las caretas.

Y salí a la ciudad
                    a confirmar mi muerte.


MOLOCH


   ...et quand elle arrive à sa fin, seulement nos ennemis laissent des roses 
 (Alan Moore)


Dans un miroir je me suis vu nu
et j'ai trouvé mon battement
enfin hors des veines
avançant vers moi comme une ombre.

J'ai voulu fermer les yeux,
mais j’étais déjà aveugle
et dans mes pupilles s’enroulait le virus
de la condamnation: connaître le temps
depuis l’abîme d’un sablier.

Il ne me servirait à rien
d'embuer les vitres
ou de caresser la fumée avec la langue,
le sable me couvrait jusqu’aux épaules.

Alors j’ai fait éclater une rose dans ma bouche
et j'ai vu mes ennemis,
leurs vieux masques de peau humaine
fondus par des larmes sincères.

Enfin –pensai-je réconforté-
ils seront les seuls
le jour de mon enterrement,
quand la pluie entraînera les masques.

                        Et je suis sorti dans la ville
                        confirmer ma mort.



(Primera publicación en 




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